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Le 12/11/2008 à 00:10Peinture - Dessin

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Le dessin de nu, ce qu'il m'a appris...

Pendant 3 ans, j'ai fréquenté le cours du soir de dessin de nu au Quai, l'Ecole Supérieure d'Art de Mulhouse. Ce cours avait lieu un soir par semaine, de 18H30 à 20H30, sous la direction de Denis. Durant cette période, plusieurs femmes ont posé comme modèles, la plus appréciée étant celle que nous connaissions par son pseudonyme de Nadia. Nadia est une belle femme très grande, très gentille, capable de tenir une pose immobile le temps qu'il fallait. Mes meilleurs dessins la représentent. Il est difficile de définir ce qui fait qu'une femme est un bon modèle. Ce n'est certainement pas la perfection de sa plastique, mais bien plutôt la qualité de la relation entre elle et ceux pour qui elle pose. Dessiner une femme qui pose nue, c'est pénétrer dans son intimité, tout en maintenant une distance par la concentration nécessaire à l'acte de dessiner, non pas un corps de femme, mais l'enchaînement des courbes qu'il incarne. La dessiner, c'est aussi la posséder symboliquement. Je crois qu'un bon modèle ressent cela et l'accepte. Nadia disait ne pas aimer poser pour les photographes : trop impersonnel selon elle.

Nous dessinions au crayon, au fusain, à la sanguine, à la mine de plomb, chacun selon son goût ou son envie du moment, sur de grands blocs de format A2 (59,4 X 42) de préférence sur un chevalet - je préfère personnellement dessiner à la mine deplomb, la feuille à plat. Denis a le regard impitoyable, qui voit instantanément le moindre défaut, mais le commentaire encourageant, aimable. Il n'a jamais corrigé de sa main un dessin - en fait il n'a jamais dessiné pendant le cours, alors qu'il est un peintre de grand talent.

Dessiner est un acte continu, sans retour. On commence par la courbe d'une hanche ou d'une épaule, ou la ligne d'un bras, c'est selon, et on construit à partir de là. On laisse les repentirs qui souvent ajoutent au dynamisme, car le modèle a pu bouger légèrement. Gommer, c'est faire un dessin raté, il vaut mieux arracher la feuille et recommencer. Je n'aime pas l'estompe qui rend les dessins lisses et plats, et détruit la spontanéité (c'est souvent un cache-misère).

Normalement, les poses durent 20 minutes environ, nous faisions donc 1/2 douzaine de dessins par soirée. Mais il y avait les soirées de poses rapides de 5, 2, 1 min, 30, 15 sec ! Saisir l'essentiel d'un mouvement, d'une position, sans réfléchir, en déconnectant le cerveau, le résultat est surprenant par la justesse des quelques lignes qu'on a le temps de tracer. "Dessiner ce qu'on voit, et non ce qu'on sait", un des grands principes de Denis.

Il y avait les séances de pièges pour l'oeil, Nadia tenant un grand avion de papier à la main, objet anguleux incongru, gênant, qui casse son image. Ou alors il fallait la dessiner à l'envers, tête en bas, ou en miroir. Il y avait les séances de raccourcis anatomiques, ces vues du corps en perspective, cette main tendue vers moi, disproportionnée, et pas de lignes de fuite pour m'aider comme lorsque je dessine l'alignement des façades d'une rue.

Il est plus de 20H, c'est la dernière pose. Derrière moi une longue journée de boulot, je suis fatigué, et soudain je sens que ma main trace la ligne exacte sans hésitation. Denis passe derrière moi : "Arrête, n'y touche plus, ce serait dommage". Quelquefois les dessins inachevés sont les plus réussis.

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