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Le 13/03/2009 à 05:09Peinture - Dessin

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Faussaires et imitateurs vivent dans l'ombre des grands maîtres depuis que la peinture existe.
Au XXème siècle, les prix vertigineux du marché des tableaux ont suscité de plus en plus de convoitises.
Le peintre John Myatt et l'escroc John Drewe sont à l'origine d'une incroyable histoire de faux tableaux.


Faux Monet, oeuvre de John Myatt

Les tableaux reproduits sont des faux de John Myatt
Cliquez sur les images ci-dessous pour les agrandir

L'histoire commence au début des années 1980 lorsque John Myatt, obscur peintre anglais, est abandonné par sa femme qui lui laissa leurs 2 enfants. Pour augmenter ses modestes revenus de professeur d'arts plastiques tout en s'occupant de ses enfants, il se lança dans la copie de tableaux célèbres du XXème siècle. Il avait un vrai talent d'imitateur et vendait ses copies en toute légalité par petites annonces à des amateurs pour quelques centaines de £.
  GiacomettiMirò  
En 1986, un certain Professeur Drewe prit contact avec lui, et lui passa commande de copies de Matisse et de Klee, pour décorer son intérieur. En réalité, Drewe était un escroc, un manipulateur qui avait si bien réussi à embrouiller son identité et son histoire, qu'aujourd'hui encore il subsiste d'énormes lacunes dans sa biographie, et qu'on ignore quelles étaient ses sources de revenus. Il y eut d'autres commandes, des copies d'autres peintres. Un soir, Drewe appela Myatt et lui révéla qu'il avait présenté un de ses tableaux chez Christie's où il fut évalué à 38000 $. Pour Myatt ce fut l'engrenage : il peignait vite, Drewe flattait sa vanité et s'occupait de placer les toiles chez Sotheby's, Christie's, dans les galeries les plus prestigieuses de Londres.   ModiglianiMatisse  

Myatt peignit des Monet, Mirò, Braque, Picasso, Nicolas de Staël, Ben Nicholson, Modigliani... Rien que des oeuvres originales. Un faux Giacometti fut adjugé à 175000 $. Pour le peintre ce fut une effrayante fuite en avant. Il n'avait jamais utilisé de peinture à l'huile, mais des émulsions commerciales à séchage rapide, mélangées à un gel pour donner de la texture. Il avait mis en garde Drewe : si un expert faisait faire une analyse même superficielle d'une de ses toiles, ce serait la catastrophe, mais Drewe le rassura. Et en effet, aucune analyse ne fut jamais faite.

Cette histoire de faussaires a quelque chose d'unique : pendant que Myatt peignait, Drewe se faisait agréer comme expert et collectionneur dans des institutions officielles comme la Victoria & Albert National Art Library, la Tate Gallery, l'Institute of Contemporrary Art. On l'autorisa à consulter les archives. Il entreprit un incroyable travail de falsification de documents officiels, les emportant chez lui, décousant puis recousant des cahiers pour y insérer de faux certificats d'authenticité, inventant des propriétaires successifs (décédés) pour chaque tableau, créant de toutes pièces des catalogues d'exposition avec photos, utilisant de faux timbres officiels en caoutchouc, remettant tout en place dans les archives. Chaque tableau fut doté d'un pedigree minutieux.   PicassoBen Nicholson  

L'arrivée d'oeuvres inédites de Giacometti sur le marché de l'art éveilla les soupçons de la Fondation Giacometti. Scotland Yard commença son enquête et débarqua un matin de 1995 chez John Myatt. Soulagé, le peintre accepta de collaborer avec la police pour confondre son complice. Un procès retentissant eut lieu. Myatt fut condamné à 1 an, Drewe à 6 ans de prison. Ils avaient produit 200 faux tableaux. On en retrouva 60, chez Drewe, et même dans des musées. Les propriétaires des 140 manquants restent inconnus.

John Myatt n'était pas un faussaire génial, il ne peignit que des oeuvres moyennes aux yeux des experts. Leur cote restait modeste, seulement de quelques dizaines à quelques centaines de milliers de $. Ce sont les marchands d'art qui gagnèrent le plus d'argent en vendant les faux, qu'ils se contentaient d'expertiser en un clin d'oeil... C'est grâce à leur complicité tacite que l'escroquerie put se poursuivre : tous ces faux étaient de trop bonnes affaires et leurs prix trop attractifs pour qu'on perde son temps et son argent pour une expertise sérieuse. Il n'y eut jamais de procès contre les marchands, leurs clients se gardant bien de se manifester.
  "Vrai" faux Monet
Drewe était habile, diaboliquement intelligent. Les dommages causés aux archives par ses falsifications sont inestimables. On ne pourra jamais les corriger entièrement et un grand nombre de faux passeront encore longtemps pour authentiques. John Myatt n'est resté que 6 mois en prison. Il fut vivement encouragé à refaire de la peinture. Les vrais faux de John Myatt sont maintenant recherchés et ont une cote honorable sur le marché. A ma connaissance, John Drewe n'a jamais rien avoué. Il est resté manipulateur durant toute l'enquête et au procès. Je ne sais pas ce qu'il est devenu.

Les experts estiment aujourd'hui que de 10% à 40% de la peinture moderne exposée dans les musées est constituée de faux, que 10% des tableaux impressionnistes et la majorité des peintures de Malévitch et du sculpteur Giacometti sont des faux. Les faux Van Gogh, Matisse, Cézanne, Picasso abondent. On ignore tout des collections privées.

Le commentaire de Bernard mérite d'être cité ici. Il pose la question du talent du faussaire John Myatt. Effectivement le Modigliani fait triste figure dans sa production, il est probable qu'il a été peint plus tard comme faux "officiel". Une rapide investigation m'a permis de retrouver sur le net des informations sur sa production et sur la cote de sa peinture. John Myatt peint des Monet, Dufy, Mirò, Picasso, Braque. Le prix de ses tableaux est de quelques milliers d'euros.
J'ai découvert un faux Whistler (cliquez), peintre impressioniste américain, et un faux Dante Gabriel Rossetti (cliquez), peintre préraphaélite anglais. Dans les 2 cas, le tableau de Myatt est à gauche, et force est de reconnaître qu'il ne ressemble en rien au style du maître censé l'avoir inspiré. Peut-être son complice John Drewe lui manque-t-il ? Peut-être John Myatt a-t-il fini par se prendre au sérieux ?

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Commentaire (1)

1. Bernard le 27/10/2009 à 19:42

Article intéressant.
Vous écrivez que le peintre n'était pas génial : c'est évident en regardant les quelques reproductions de ses tableaux. Matisse : sans commentaire... Giacometti, Picasso, Miro, Monet sont bien imités, mais avec Modigliani le faussaire a dépassé ses limites. Je ne peux pas croire que ce pastiche maladroit et raide ait pu passer pour un original. Je suppose que c'est un "vrai" faux, peint après l'affaire.
Il serait intéressant de savoir combien de portraits les 2 complices ont réussi à vendre.
Dans cette histoire, le vrai génie était l'escroc, John Drewe. Sans lui John Myatt n'aurait jamais existé.
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